Mémoire de fin d'études: Le silence

Discussions théoriques et pratiques sur les différents rôles du son, en général... Et par extension les liens vers des sites intéressants, ou autres blogs et interviews.
JYVD
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Mémoire de fin d'études: Le silence

Message non lu par JYVD » 28 mai 2013, 16:58

Bonjour,

je suis en 3ème année à 3is section son,

je m'apprête a me lancer dans la rédaction de mon mémoire. Le plus difficile étant de trouver son sujet, son axe et finalement sa structure. Après plusieurs mois de reflection je pense avoir plus ou moins trouvé ma structure

Je souhaite me pencher sur le silence, plus précisément l'utilisation de celui ci au cinéma.

Pour cela je vais tout d'abord tenter d'analyser le poid du silence dans notre société, l'aspect social du silence.
Puis essayer de comprendre les effets sur l'Homme de la perception sonore de l'absence de bruit.

Mon 3ème et dernier point, le silence au cinéma: Quand, comment et pourquoi l'utiliser.


J'ai aussi une production sonore à effectuer, celle ci encore un peu floue pour moi. Je pense m'orienter vers des courts interviews de différentes personnes (de différents milieux, ages, cultures). Au travers de ces interviews j'essayerais d'appuyer mon mémoire. De le rendre interactif et sonore. :roll:


Voila pour les intentions,

maintenant il faut passer à la recherche, au sourcage et à la rédaction.

C'est tout l'interêt du post.

Auriez-vous des pistes de livres, films, expos, musiques... N'importe quoi qui pourrait me permettre d'étayer mes recherches à propos des différents points soulevés par mon mémoire.

Cordialement.

kossi
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Re: Mémoire de fin d'études: Le silence

Message non lu par kossi » 28 mai 2013, 23:35

Bonjour,

à toutes fins utiles et si ce n'est déjà fait, peut-être aller voir du côté de Yann Paranthoën (« Il faut enregistrer les minutes de silence. Aucune minute de silence ne fait le même bruit ».) Le genre de bonhomme à écouter aussi (et surtout ?) les silences, les paroles qui n'accouchent pas, les hésitations en interview.
D'ailleurs, en prolongeant, la radio. Le silence y est une sacrée question.
Chez la plupart des diffuseurs, c'est le diable : une machine est programmée plus ou moins finement pour prendre le relais s'il se prolonge...

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darkunst
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Re: Mémoire de fin d'études: Le silence

Message non lu par darkunst » 29 mai 2013, 01:56

Bonjour JYVD,


Il y a quelques temps j'ai découvert Pascal Rueff et son spectacle "L'île de T.".
Ce monsieur est à la base un preneur de son.
Son spectacle est une forme de théâtre / cinéma pour l'oreille, basée sur une écoute binaurale (donc au casque, et très bien réalisée) de la zone interdite de Tchernobyl, articulée avec du texte joué en direct autour d'une tête artificielle.
Zone interdite qu'il a arpentée de nombreuses fois : à la base de son projet, il s'agissait de ramener, à travers le son, quelque chose de ce drame arrivé là-bas. Sauf que, dans la zone interdite, il n'y a rien, exceptée la Nature qui a repris ses droits, quelques humains restés sur place, des lieux de vie abandonnés et surtout, la radioactivité ne fait pas du bruit (excepté traduite par le binaire du dosimètre). Un cataclysme qui produit du silence. Ayant ramené des giga-octets de prises de son, il n'y avait rien de directement traduisible pour l'intention recherchée du départ. Il s'est donc demandé quoi faire de toutes ces tonnes de silences ???
Son travail, à la fois comme preneur de son et comme artiste, a donc consisté à rendre une émotion particulière et palpable, éminemment poétique, strictement articulée autour du silence (quand je dis silence, moi, j'entends par là l'absence d'évènements sonores précis qui impliqueraient une compréhension, un sur/soulignage, une argumentation, une manifestation voire une traduction implicites du propos).
Peut-être s'agirait-il donc ici d'une pensée du "silence" en tant qu'"absence" de ce qui est attendu, et, par défaut, utilisé comme tel pour exprimer cet attendu...

Sinon, côté musique, je suis un immense fan de celle de Morton Feldman (notamment sa composition Piano & String Quartet - interprétée par le Kronos Quartet) : une musique presque infinie, figée en ne l'étant absolument pas, où comme si chaque accord déployé et suspendu cherchait à dire quelque chose du silence et de son abyssale étrangeté... Ecoutable en ligne.

Peut-être peux-tu aussi aborder le silence dans ses points de vue philosophiques voire mystiques ?
Le silence peut-il aussi être un élément / mécanisme de langage pour un auteur ? Et donc, au cinéma, pour un monteur son ? (hé oui, je ne pratique pas ce métier mais je pourrais parfois le comparer avec un véritable travail d'auteur, en tant que c'est une écriture et une narration, au-delà du principe d'illustration sonore...)

Bon, au cinéma, peut-être peut-on considérer que le silence contribuerait à accéder à la vie intérieure des images, celle qu'on verrait "derrière" ces images, comme un mécanisme ex-plicite, une métaphore visuelle / sonore de l'impossible...

Bon courage et tiens nous au jus.

ps 1: réflexion avec un X !!! :wink:
ps 2: étonnante cette histoire de machine anti-silence chez les diffuseurs radio : une sorte d'anti-gate qui balance quoi en cas de silence prolongé ??? un fond d'air ? un buz ? une pub ? un ricanement ? :?:

kossi
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Re: Mémoire de fin d'études: Le silence

Message non lu par kossi » 29 mai 2013, 08:49

ps 2: étonnante cette histoire de machine anti-silence chez les diffuseurs radio : une sorte d'anti-gate qui balance quoi en cas de silence prolongé ??? un fond d'air ? un buz ? une pub ? un ricanement ? :?:
...juste un programme parallèle, généralement musical. Tu comprends, si le technicien-réalisateur a un malaise vagal.... ;)

Feldman oui.
Arvo Pärt aussi. Dans l'utilisation du silence, il se pose là...

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Re: Mémoire de fin d'études: Le silence

Message non lu par JYVD » 29 mai 2013, 14:10

Et bien merci beaucoup, je vais me pencher sur ce Pascal Rueff. Ainsi que Feldman :) Je pense en effet traiter du silence comme un élément de language et tenter de faire un rapprochement avec l'utilisation de celui ci en post-prod. j'ai trouvé un bouquin qui s'appelle The power of silence: social and pragmatic perspectives (pour ceux qui sont en bon terme avec l'anglais), il semble assez complet sur ce point .

Je retourne à mes réfléXions. :wink:

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Re: Mémoire de fin d'études: Le silence

Message non lu par Aroy-D » 29 mai 2013, 14:28

"le bois ne rend pas les coups", B.L
HANK!

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Re: Mémoire de fin d'études: Le silence

Message non lu par Larkflight » 29 mai 2013, 15:36

Si le silence est abordé sous un angle dramaturgique la fréquentation de Samuel Beckett peut être fertile aussi, bien qu'il fut un homme de théâtre ... 8)

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Re: Mémoire de fin d'études: Le silence

Message non lu par YuHirà » 29 mai 2013, 16:11

C'est un sujet passionnant.

J'aurais également cité John Cage avec le 4'33: l'interprétation de cette pièce est multiplie: on peut y voir une pièce qui contraint le spectateur à faire attention au bruit ambiant qu'il met en évidence (par opposition à la musique de Satie qui comble le silence par une musique d'ambiance), ou encore une valorisation excessive du silence.

L'allusion à Arvo Pärt est très pertinente. Je pense à ce sublime morceau de piano à deux voix: "Für Alina" où le silence est très important. Mais ce n'est pas le premier compositeur à mettre en avant le silence à ce point. C'est très fréquent en musique contemporaine. Il faut aussi y voir une mise en valeur de la résonance. Il y a enfin cette phrase célèbre qui dit que le silence qui suit une oeuvre de Mozart est également du Mozart; je trouve que c'est très vrai même si je ne me souviens plus de son auteur: après un final très "chargé", la dernière note avec sa résonance crée une "sidération" (je ne trouve pas de meilleur mot).


Au cinéma, j'ai la sensation que l'on cherche souvent à avoir un équilibre en alternant la musique et le silence. Or ce silence est souvent habité par les bruits. C'est donc ici le "contraste" qui crée le silence. Dans le même ordre d'idée une musique répétitive à base de nappe et sans mélodie est plus proche du silence qu'une musique mélodique: du coup, elle acquiert parfois au cinéma la même valeur que le silence, notamment dans le cinéma américain où le vrai silence est rarissime.

Enfin, je remarque une tendance actuelle à fuir le silence dans la vie quotidienne comme au cinéma. La musique est omniprésente, on a tous notre casque vissé aux oreilles quand on se promène, les annonces sonores envahissent l'espace public (notamment dans les nouvelles rames du RER parisien)... On sature pour "remplir" au maximum et l'on ne donne plus de valeur au silence et... à la contemplation. Comme si cela permettait d'échapper à l'ennui.

Il se passe exactement la même chose au cinéma (dans les séries TV américaines, c'est patent). Je cite souvent cette anecdote mais j'avais été frappé il y a quelques années de découvrir dans le DVD d'un film de Miyazaki (je crois que c'est Kiki la Petite Sorcière) que dans la version audio américaine, le distributeur avait rajouté de la musique additionnelle, absente de la version originale. Le distributeur devait avoir peur que le public américain, habitué à des films beaucoup plus découpés et beaucoup plus musicalisés, s'ennuie. Il avait donc visiblement comblé les silences afin d'accélérer artificiellement le film. Ce qui me faire dire que le silence a beaucoup à voir avec ce que l'on ressent du rythme d'un film (mais je dois enfoncer des portes ouvertes :D )

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Re: Mémoire de fin d'études: Le silence

Message non lu par JYVD » 29 mai 2013, 19:51

YuHirà, tu as tout à fait compris mon raisonnement. J'ai tout d'abord pensé traiter de la pollution sonore et j'ai doucement dérivé vers son contraire, l'absence de bruit. Celle qui nous effraye tant. :)

En tout cas merci pour toutes ces pistes je ne manquerais pas de les étudier! :)

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ray
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Re: Mémoire de fin d'études: Le silence

Message non lu par ray » 29 mai 2013, 20:31

Il y a un exposé sonore de Klaus Blasquiz sur Arte Radio à propos des compresseurs et il y est question de silence...

http://www.arteradio.com/son/15390/radio_compresse/
"Aucun silence possible".

Une réflexion à propos du son le plus petit qu'on puisse entendre m'a conduit à formuler un jour: "Le silence est un bruit métaphysique". Le son est une sensation. Même enfermé depuis une heure dans une chambre anéchoïque, complètement isolé du bruit du monde, ce qu'on continue à entendre c'est notre propre corps dans lequel se manifeste la vie: le coeur qui bat, le sang qui pulse...

Le silence a un lien aussi étroit avec la mort que la photographie... ( http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chambre_claire )

:)

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